Soutien aux professionnels de la musique

Autant la musique est une incroyable source d’énergie et de joie pour ses créateurs et leur public, autant les industries musicales et leurs co-dépendances des médias transforment les artistes en produits et machines commerciales. Idem pour la plupart des employés de ces industries. Quel paradoxe destructeur ! C’est de pire en pire avec la consommation gratuite de musique en ligne et la crise du Covid. Pendant trente ans dans ce secteur j’ai souhaité pouvoir offrir un jour aux artistes mes services de psychologue et tenter de faire changer en douceur cette industrie. C’est vraiment le bon moment : la prise de conscience des problèmes se développe enfin partout.

Depuis quelques années enfin les questions de santé mentale dans tous les secteurs de l’industrie musicale sont enfin abordées franchement et donnent lieu à des discussions, enquêtes, formations, thérapies spécifiques etc. Il a malheureusement fallu de nombreux décès! Les artistes osent dire leur mal-être et même leur détresse, des professionnels ayant subi et/ou constaté tous les aspects pathogènes du secteur dénoncent les abus et/ou s’organisent pour y remédier. En France, on a sans doute encore du mal à parler de santé mentale, peut-être est-ce plus facile de l’aborder sous l’angle d’équilibre psychique.

. les musiciens classiques ont une formation axée sur la compétition et la pression perfectionniste pour créer une émulation anxiogène et une hypertechnicité aux dépends du lâcher prise, de la créativité, de l’écoute de l’autre et tout simplement de l’harmonie dans tous les sens du terme.

. les artistes pop sont bien souvent manipulés/utilisés comme des objets commerciaux qui sont jetés dès qu’ils ne peuvent plus rapporter, leur succès dépendant surtout de leur image médiatique. Ils sont de plus en plus pressurisés par l’hyperabondance de musique, l’hypercompétition et le pouvoir des réseaux, sociaux ou non.

. Le contraste entre la vie si excitante et épuisante de l’artiste en tournée et le choc du passage de la scène au retour à une vie banale et terne (post tour depression). Il est très difficile de garder des relations interpersonnelles et maintenir des limites saines dans un secteur où tous les excès sont encouragés et l’ego survalorisé. Pire pour la célébrité qui fait vivre une dichotomie profonde et peut finir par détruire identité et sens commun.

. les professionnels d’une industrie volatile, subjective, sexiste, informelle, changeante au gré des évolutions technologiques, économiques et médiatiques. Ils sont écartelés entre une grande précarité et des revenus parfois énormes. Précarité + instabilité/incertitude = anxiété + dépression.

. L’avènement du numérique, le faux mythe de la démocratisation de la musique. Avec internet, l’artiste peut enfin commencer à contrôler sa production, sa promotion et sa distribution. D’une part il doit apprendre tous ces métiers, fournir du contenu en permanence et être sans arrêt en train de communiquer sur les réseaux sociaux. Par ailleurs il s’aperçoit rapidement que la validation de sa musique en ligne dépend de nombreux intermédiaires qu’il ne peut contrôler. La démocratisation des moyens de production, de promotion et de distribution a créé un marché hyper saturé qui nécessite encore plus de visibilité et d’intermédiaires.

. Et maintenant c’est l’une des industries les plus touchées par la pandémie du Covid-19 qui ne fait qu’aggraver toutes ces difficultés, sans compter les questions identitaires et existentielles que nous n’avons même pas encore abordées et sont totalement remises en cause.

. La bonne nouvelle est cette prise de conscience et la création de diverses organisations ou programmes pour aider les professionnels de la musique, quels qu’ils soient. La parole se libère dans les media, les outils se mettent en place pour apporter des aides spécifiques à chacun, des réseaux de contacts et de lobbying travaillent ensemble, des enquêtes et recherches mettent à jour la profondeur des problèmes, des livres sont publiés, de vrais outils de coaching et de thérapie commencent à exister. Il est intéressant de noter que ce mouvement a démarré par des associations créées au sein même des communautés musicales les plus alternatives.

. 12 ans d’études de piano classique depuis la toute petite enfance ont surtout laissé des traces douloureuses et une grande frustration de ne pouvoir improviser ni jouer avec d’autres pour le plaisir. C’est sans doute pour cela que j’ai toujours été attirée par ceux qui pouvaient justement exprimer leurs émotions librement par la musique (souvent sans formation officielle). Dès le lycée, j’organisais des concerts, ‘manageais’ quelques musiciens et découvrais l’efficacité de nos complémentarités.

. Après avoir fait mes études de psycho très jeune, j’ai mis un pied dans l’industrie musicale au début des années 80s grâce aux musiques africaines, caribéennes et urbaines en pleine ébullition et en militant contre le racisme. J’ai adoré l’ambiance festive, créative et engagée, constatant comment les artistes souvent si vulnérables tiraient une force inouïe de leur créativité et de leur rapport au public. J’ai trouvé naturellement une place de médiatrice et de coordinatrice entre des cultures si diverses. Après une première expérience dans les Caraïbes avec un label anglais puis à des postes divers dans les majors du disque, j’ai complété ma formation en business management et ai pu développer une belle carrière qui m’a permis de lancer des carrières internationales et de sillonner le monde avec des artistes de très haut niveau. Ceux-ci m’ont toujours dit à peu près ceci ‘Si je n’avais pas pu exprimer mes émotions auprès d’un public réactif à l’écoute attentive, je serais soit au cimetière, soit en prison, soit en hôpital psychiatrique’.

. Cependant cette industrie soi-disant créative avait du mal à s’adapter aux musiques noires, urbaines et électroniques. Il semblait aussi que la rentabilité inouïe offerte par l’explosion des ventes de CDs encourageait l’exploitation et la manipulation des artistes et employés éblouis par les paillettes de la célébrité. D’abord dans les majors du disque puis en participant à la création et au développement mondial du Bureau Export de la Musique Française, c’est toujours en suivant mes convictions, souvent à contre-courant, que j’ai pu m’épanouir à la fois professionnellement et personnellement : en communiquant en profondeur avec les media ou les artistes, on a pu développer des stratégies originales, constructives et bénéfiques sur le long terme. Qui d’autre que l’artiste lui-même peut-il savoir ce à quoi il est prêt pour développer sa carrière? à condition qu’il sache comment le business fonctionne et qu’on prenne le temps de réfléchir ensemble en stimulant et en faisant confiance à sa créativité. Ces principes simples de connaissances factuelles, d’échange respectueux et d’innovation responsable se sont avérés tout aussi fructueux pour développer les productions musicales françaises en Grande Bretagne et pour s’adapter rapidement au numérique. Faire le lien entre les industries culturelles, le secteur éducatif, la société civile, les gouvernements et même des start-ups m’a permis de développer des outils originaux de distribution et de promotion, notamment dans les écoles avecles artistes eux-mêmes.

. Toujours passionnée par la justice sociale et la diversité culturelle, j’ai pu travailler avec l’ONU ou des associations africaines, nord et sud-américaines sur la fonction sociale du hip hop. Soudain l’explosion d’internet permettait de casser les barrières géographiques et sociales. J’ai collaboré avec des agrégateurs, fait des formations sur l’utilisation des outils numériques en Afrique et aux Caraïbes et créé une cellule de coaching aux artistes dans ce domaine.

. J’ai été également particulièrement sensibilisée au statut de la femme dans l’industrie musicale, personnellement d’une part avec des abus presque quotidiens (inconscients? culturels? heureusement cela peut enfin être dit et commencer à changer!!!), et d’autre part en constatant que les chanteuses avaient du mal à utiliser leurs vraies voix/voies, ou même perdait complètement la voix quand elles réalisaient combien elles étaient exploitées, le plus souvent pour leur image …

. Côtoyer des artistes au quotidien m’a permis de découvrir et développer ma propre créativité, notamment par la voix: travail de la respiration et des cordes vocales, improvisation, utilisation du chant comme outil thérapeutique («Chante ta douleur»).

J’ai eu la chance inouïe de travailler dans cette industrie au moment où elle était la plus riche et si créative. Mais la digitalisation de l’objet musical dont on espérait tant qu’elle démocratiserait le système s’avère avoir des conséquences encore difficiles à évaluer: accroissement de la compétition et de la précarité; mutation de l’artiste qui, de machine à sous pour majors devient un robinet à contenu numérique gratuit pour la planète etc. L’avantage est que tout peut être dit, les contacts se resserrent, des actions très positives sont mises en œuvre et chacun peut participer à ce changement.

Ce que je propose:

. Des séances d’une heure, soit en ligne (zoom ou skype), soit en face à face dans mon bureau à Brixton, Londres (voir lieu et tarifs sur Informations pratiques). J’offre un premier rendez-vous téléphonique ou en visio pour faire connaissance et voir comment nous pourrions travailler ensemble.

. Écoute active, empathie et soutien sans jugement pour permettre d’exprimer les émotions, identifier clairement les divers nœuds/déséquilibres/sources d’angoisse et comprendre d’où ils proviennent, dans un cadre clair, rassurant et bien sûr entièrement confidentiel.

. Connaitre ses forces pour mieux les utiliser et accepter ses fragilités. Trouver l’équilibre entre les deux. Accepter les paradoxes et complexités de la profession pour ne pas les subir mais apprendre à jouer avec. Apprendre à utiliser sa créativité et notamment les outils utilisés sur scène (le chant, le corps, le rythme, la respiration) pour transformer, contourner et rebondir.

. Mieux comprendre les enjeux relationnels, professionnels et personnels, pour gérer les différences entre sphères publiques et privées – encore distendues par les media sociaux et la nature même de l’industrie musicale -, apprendre quelques techniques de communication.

. Créer et trouver ses propres outils et ressources pour lâcher la pression, gérer les angoisses, changer les habitudes néfastes et créer de la résilience pour retrouver et entretenir équilibre et harmonie. Je propose notamment diverses techniques de sophrologie et de mindfulness, pour utiliser le corps et la respiration et/ou transformer les focus de l’attention et de l’intention.

. Mise en contact avec des thérapeutes spécialisés ou autres ressources et appuis extérieurs si nécessaire

. Lobbying associatif et personnel vis-à-vis de l’industrie musicale et des institutions pour mieux faire connaitre les besoins et générer si possible des ressources humaines et financières et des outils destinés à tous les membres des industries musicales.

Pour ce faire, je fais partie d’un collectif international Music Industry Therapists Collective qui propose diverses ressources, un échange entre professionnels confirmés tous issus de l’industrie musicale, une supervision et un travail de fond de communication, de formation et de lobbying sur le sujet.

En France, je suis membre d’APSARTS, reseau de thérapeutes professionnels spécialisés dans les soins les plus variés pour musiciens (pas seulement en santé mentale). Il organise aussi des actions de prévention et de formation.

Félicitations à CURA qui organise de nombreux évènements (conférences, rencontres, ateliers), produit et co-produit des documentaires, a fait sa propre enquête sur le sujet de la santé mentale des artistes et fait du lobbying.